2 écrivains et la Grèce d’aujourd’hui.

2 écrivains toutes antennes déployées pour nous parler de ce qui se passe dans la Grèce d’aujourd’hui : Ersi Sotiropoulos et  Charly Delwart 

2 regards littéraires sur la capitale grecque.  Et si leur fiction était plus à même de voir, de comprendre ce qui se joue en Grèce? 

 1-   

                                                                 Eva  / Ersi  Sotiropoulos.

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Une plongée dans les abysses d’Athènes, une descente aux enfers dans une ville peuplée de déclassés et de  parias.  Eva, le personnage principal,  nous entraîne dans une traversée du chaos athénien contemporain, jusqu’à  en avoir la nausée,  tant le malheur humain suinte à chaque page. Ersi Sotiropoulos dans une interview lors de son passage à Paris parle d’Athènes comme d’un “dépotoir, un carrefour des parias et des condamnés. le théâtre muet du malheur humain.” Illustration dans son livre où les protagonistes sont prostituées, macs, voleurs, politiques corrompus membres du “parti des ordures” … tous évoluant dans un décor décrépi, aux vitrines éventrées de magasins aux rideaux fermés , où seul un cerf de pacotille illuminé, en cette veille de Noël, peut encore procurer un certain émerveillement. 

Comment se sortir d’un tel guêpier? 

2-

                                   Chut / Charly Delwart

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Le point de vue d’une très jeune narratrice athénienne  décidée à ne plus parler.

Elle s’enferme dans le plus parfait mutisme et ne communique plus que par tags interposés qu’elle dissémine dans la ville. Ses graffitis politiques ne sont pas des dessins mais des mots ou phrases qu’elle écrit sur les murs., sans les signer, à la Banksi . Une histoire de solitude- pas aussi triste que l’on pourrait imaginer- pendant que tout se délite autour d’elle : sa ville, son pays dans les années 2011/ 2012( lors du 2ème plan de « sauvetage » de la Grèce par l’impitoyable Troïka) et sa famille. Une période pendant laquelle le nombre de SDF a explosé et que les écoles sont obligées de «  fournir des collations pour que les élèves arrivant à jeun ne s’évanouissent pas », un moment où «  la Grèce est devenue un pays-test pour une partie croissante de la population, ici où était crée un nouveau modèle économique par les institutions étrangères … une zone franche administrée de l’extérieur, transformée en réserve de main-d’œuvre à bas coût composée de tous ceux qui avaient perdu leur pension, une partie de leur salaire, ou n’étaient plus payés depuis des mois … un pays qui était un avant-poste d’autres pays bientôt, une situation plus globale. »

Cette jeune personne, représentative d’une génération sacrifiée, en aucun cas responsable de la situation de son pays prend les armes à sa disposition : marqueurs, bombes de peinture pour réveiller les passants et les inciter à se battre mais aussi pour crier sa révolte et affirmer qu’elle est vivante et loin d’être résigné. Représentative d’une jeunesse qui devra reconstruire sur les ruines d’un monde ancien ( mais qui reste porteur de sagesse philosophique recyclée allègrement de Sophocle à Euripide en passant par Aristote)  et qui devra (doit)  croire en un avenir possible. 

“On traverse cela ensemble” écrit- elle à l’entrée d’une bouche de métro. 

 “ Jeune femme en construction” précise-t-elle au rouge à lèvres sur un miroir.

 Jusqu’à quand cette ado de 15 ans à la fin de cette odyssée perso restera-t-elle mutique? Aucune réponse! D’aucuns  voient  dans ce livre une réflexion sur l’imaginaire de la crise à travers le regard d’une génération qui fait résonner la crise différemment, plus tragiquement mais aussi, paradoxalement, avec un certain optimisme. La force vitale et l’énergie de la jeunesse!