Noirceur suédoise.

Me voilà plongée dans les auteurs “venus du froid”, après être tombée dans  la  trilogie virale  Millénium de Stieg Larsson , comme des millions de lecteurs. Je n’ai pas voulu voir l’adaptation cinématographique de ces trois bouquins, nul  acteur  ne pouvant incarner Mikael Blomkvist  à mes yeux de lectrice énamourée  🙂

Cette fois, place à L’enfant allemand de Camilla Läckberg.

CVT_LEnfant-allemand_4586

D’emblée ce qui me frappe c’est l’évocation, une nouvelle fois, du passé nazi de la Suède, comme si les générations de l’après guerre avaient du mal à avaler la pilule d’un passé trop ambigu. Un doute troublant  et persistant s’est installé alors que le pays est en butte, actuellement,  à la réémergence de  groupuscules  fascistes

Pourquoi choisir ce polar?

Trois  raisons principales:

– Tout d’abord, la lecture d’un livre dans lequel les préoccupations existentielles- aux multiples paradoxes- de la société suédoise contemporaines sont  exposées. L’envers du décor en somme, spécialité  des romanciers nordiques.

 – Puis la certitude de passer un bon moment de lecture avec un(e) auteur(e) qui maîtrise l’art  du mystère  en disséminant de deci  delà des petits cailloux blancs à l’intention du lecteur qui se dit en toute fin du roman “mais oui, bien sûr” 😉

– Enfin la découverte d’une petite ville : Fjällbacka qui sert de décor à l’enquête. On ne s’attendait pas à ce que tant de noirceur virtuelle soit ancrée dans une si charmante ville balnéaire! 😉

Fjällbacka_von_oben

Cela commence fort par la découverte d’une médaille nazie, de carnets d’un journal intime et d’une brassière de bébé tachée de sang dans un vieux coffre abandonné dans un grenier. Ces objets ont appartenu à la mère d’un des personnages principaux , Erica, personnage récurrent dans la série écrite par l’auteure.    Dans cet épisode donc, la curiosité d’Erica la porte à enquêter sur le passé de sa propre  mère (Elsy) pendant la période sombre de la guerre de 39/45 alors qu’officiellement la Suède est neutre.

 Une photo  datant des années de jeunesse d’Elsy révèle une jeune fille qui avait “l’air gentille” alors que “la femme qu’elle avait connue et qui l’avait élevée était froide et inaccessible”. ” Qu”était-il arrivé à cette fille, qu’est-ce qui avait effacé sa douceur? Qu’est-ce qui avait changé sa timidité en indifférence? Pourquoi ne pouvait-elle jamais se résoudre à serrer ses filles dans les bras tendres qu’on devinait sous les manches courtes de sa robe fleurie, à les serrer sur son coeur?” 

La curiosité d’Erica va déclencher toute une série de meurtres à commencer par celui d’un octogénaire ( Erik), historien de la seconde guerre mondiale, ami de la mère et pourfendeur de l’extrémisme brun négationniste suédois. L’auteur(e) prête à Paula , policière, enquêtant sur les assassinats, ces paroles: ” Je vérifie tout ce que je trouve sur les Amis de la Suède. Mais il y a de quoi avoir froid dans le dos quand on commence à farfouiller là-dedans… Il y a environ vingt organisations néo-nazies en Suède. Les Démocrates suédois ont obtenu 281 mandats dans 144 communes” 😦   La similitude avec les scores du  Front National français ne portent pas à l’optimisme 😦 

Un constant va-et-vient entre le passé et le présent se met en place dans un récit inversé avec de multiples narrateurs. Une succession de récits entremêlés font froid dans le dos et révèlent le  passé obscur et le présent quelque peu problématique de la Suède et,  par extension, de l’Europe  toute entière ballotée par les vents mauvais des extrémismes. Et si le polar dans sa nébuleuse était un miroir prenant le pouls de nos sociétés respectives?  Vaste question inquiétante!

Pour terminer sur une note plus légère, la scène d’un accouchement vécue par un célibataire endurci, vaut son pesant d’or.