21 février 1916 … 21 février 2016

100 ans  séparent ces deux dates et le souvenir de Verdun reste gravé cruellement, douloureusement, effroyablement dans la mémoire collective française … et  bretonne.

Le développement de l’internet a permis, à tout un chacun,  de sortir d’une connaissance livresque du conflit, connaissance qui ne suffit pas. Les différentes videos et documentaires présents sur la toile permettent d’approcher de bien plus près l’horrible réalité du terrain. Les survivants de cette déflagration planétaire ayant eu énormément de réticences et se sont sentis dans l’impossibilité à communiquer l’indicible. Mon grand-père ne faisait que mentionner les lieux, les années et les copains. Je reconstitue, petit à petit, son parcours de ses 4 années d’horreur en m’aidant de toutes les archives possibles sur lesquelles je peux mettre la main. Cela ne restitue bien évidemment pas, ce qu’il a vécu mais permettra de transmettre aux nouvelles générations une trace. 

En ce qui me concerne, paradoxalement, j’ai approché l’horreur de la vie dans les tranchées, à la lecture d’un livre publié par un auteur allemand: Erich Maria Remarque. J’en ai déjà parlé  dans ce blog à l’occasion des commémorations du 11 novembre 2014 :  https://whatofollow.wordpress.com/2014/11/10/november-11th-veterans-day/

Le 21 février 1914, l’armée allemande déclenche un orage de feu et d’acier: 1291 canons tirent 1 millions d’obus sur le bois des Caures, au Nord de Verdun. ” le 21 au matin, à 7h15,se déclenchait le «trommelfeuer». Un ouragan d’acier s’abattait sur nos lignes” 

Mon grand-père maternel, mobilisé au sein du 118ème Régiment d’infanterie de Quimper, sera expédié  fin mars 1916 au front et s’installera dans le  ” Le Ravin de la Mort”. Les trois bataillons du 118ème arrivent ainsi fin mars 1916 dans le secteur de Verdun, avec les 116ème, le 19ème et le 62ème. Ce sont 12 000 Bretons qui veillent sur le secteur considéré à ce moment de la bataille comme le plus dangereux et le plus terrifiant de tout le front de Verdun.

Depuis le 21 février 1916, les Allemands ont déclenché l’opération “Jugement” : ils veulent écraser l’armée française sous une pluie d’acier grâce à l’utilisation massive et concentrée de l’artillerie. Ce sera une gigantesque boucherie faisant 300 000 tués et 700 000 blessés en 10 mois.

Le 118ème s’installe dans le terrible “Ravin de la Mort”, le 30 mars 1916 pour y prendre position. Le nom donné à ce lieu par les soldats donne la mesure de ce qu’il incarne. Des milliers d’hommes s’y sont fait démembrer, éviscérer, transformer en bouillie, déchiqueter et concasser au point d’avoir été amalgamés au sol.

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Déjà en 1915, des soldats dans le piège des tranchées témoignaient, pour ceux qui, en tout cas,  étaient lettrés. Voici ce que l’un d’entre eux écrit à sa femme: ” Tu ne peux pas savoir ce que l’homme peut faire contre l’homme. Mes pieds sont gras de cervelles humaines, j’écrase le thorax, je rencontre des entrailles.”

Comment mon grand-père a-t-il survécu à cet enfer dantesque? D’autant plus que “sa guerre” était loin d’être finie et qu’il sera expédié plus tard ( 1917) dans le secteur du Chemin des Dames, après avoir connu les batailles de Maissin, de Verdun et avoir perdu 2 frères dans ce conflit, dont la dépouille de l’un d’entre eux ne sera jamais retrouvée ( et pour cause!) et que le corps de l’autre repose dans la vaste Nécropole de  Notre Dame de Lorette.

Le 118ème RI a payé le prix fort pour la défense de Verdun: du 29 mars au 17 avril 1916, il a perdu 1 homme sur 3 ! Ils n’oublieront jamais le Général Nivelle qui osait dire cyniquement: “Ce que j’en ai consommé comme Bretons !”

Un film documentaire Apocalypse Verdun relatant les 300 jours et 300 nuits des combats entre Français et Allemands est programmé sur France 2 ( chaîne de la télévision publique Française), 100 ans, jour pour jour, après le début des combats dans les parages de Verdun où “les canons aux calibres toujours plus démesurés, labourent la terre, devenue un limon de sang et d’os”

Je l’ai visionné en avant-première et une question lancinante me hante depuis: comment mon grand-père a-t-il pu garder toute sa tête après avoir subi tant d’atrocités? 

Pour avoir accès au documentaire, cliquez ici.