Les mercantis ou charognards de l’après- première guerre- mondiale.

Le  dictionnaire de l’Académie française donne la définition  suivante au mot mercanti:

” … s ’emploie surtout au sens péjoratif pour désigner un Homme qui fait argent de tout”.

Le Petit Robert : ” … Commerçant malhonnête, profiteur” ( pluriel de l’italien “mercante” “marchand”)

Pourquoi parler des mercanti dans cet article, me direz-vous? 

Simple comme bonjour après ma visite à la Nécropole de Notre Dame de Lorette dans le Pas de Calais.

En constatant, de visu, le nombre de cimetières militaires sur un espace restreint, une des nombreuses questions qui me taraudaient était la suivante:  Comment les autorités de l’Etat français et l’armée ont-ils fait pour retrouver les corps des poilus dont beaucoup étaient éparpillés, concassés, amalgamés à la terre tous azimuts depuis tant d’années ( au moins 4 ans, voire bien plus)?

Jai posé la question au Garde d’Honneur avec lequel j’ai passé un long moment. Il ne m’a pas répondu directement mais a eu l’habileté de me conseiller la lecture d’un livre ayant reçu le Prix Goncourt 2013. Je suppose, ne me connaissant pas, il n’a pas voulu froisser une certaine sensibilité  qui me faisait me déplacer sur la tombe de mon grand-oncle, à quelques 720km de chez moi. C’est très mal me connaître, mais c’était très délicat de sa part 😉

Voici le roman qu’il m’a fait lire et que je n’ai pas lâché jusqu’au point final de l’Epilogue.

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Chaque conflit génère son lot de profiteurs avant,  pendant, ou après. Ils ont existé, existent et existeront  ad vitam æternam!

Ce roman, car c’est une fiction, s’appuie sur des pratiques qui ont eu cours quand le sujet brûlant et  ultra sensible des sépultures des Poilus tombés au combat s’est posé dès l’armistice du 11 novembre 1918. Il était question de millions de cadavres pourrissant dans la glaise, la boue et le capharnaüm d’après apocalypse. Comment faire pour identifier et procurer une dernière demeure digne à ces soldats qui avaient été sacrifiés au nom de la patrie reconnaissante. Dieu que  ces deux derniers mots sont difficiles à écrire! 😦

La tâche était surhumaine, les familles s’impatientaient et essayaient par tous les moyens de récupérer les dépouilles de leurs “chers disparus”. Certaines, les plus riches,  réussirent à rapatrier les défunts dans la tombe familiale mais leur nombre fut minime au regard de l’hécatombe. L’armée dépassée ne put remplir le rôle d’identification et du  transport des corps.  Les charognards de toutes espèces s’immiscèrent dans le trou béant laissé par les autorités, et ceci  jusqu’en 1921 !  3 années qui en disent long sur la désorganisation et la déroute d’un pays!

Les corps des Poilus furent donc déterrés, exhumés dans les cimetières de fortune creusés par leurs camarades pour être transportés n’importe comment, dans n’importe quelles conditions vers les cimetières militaires qui avaient fini par être prévus pour les recevoir.

Le roman de Pierre Lemaître ne fait aucune concession à ce traffic des corps attesté. Certains passages sont d’un cynisme impitoyable et probablement véridique: ” cette vaste entreprise morale et patriotique de regroupement des cadavres entraînait toute une chaîne d’opérations lucratives à souhait, des centaines de milliers de cercueils à fabriquer puisque la plupart des soldats avaient été enterrés à même le sol, parfois simplement roulés dans leur vareuse. Des centaines de milliers d’exhumations à coups de pelle … , autant de transports en camion des dépouilles mises en bière jusqu’aux gares de départ et autant de réinhumations dans les nécropoles des destination…” ” L’Etat s’était résolu à confier à des entreprises privées .. le projet de vastes nécropoles militaires où les héros reposeraient auprès de leurs ‘camarades morts au combat’… et … calmeraient les ardeurs familiales .”

Inutile de dire que je ne mentionnerai rien de tout ceci à mes anciens, encore de ce monde,  qui sont restés dans l’ignorance la plus totale de ce type de trafic. Le fait de savoir où ils peuvent retrouver la trace de leurs disparus semble leur suffire, ils ne se sont pas posés la question du comment, quand, d’où!! Moi, si  et d’emblée!  J’en suis venue à me demander si les bleuets déposés au pied de la croix de mon grand-oncle ne sont, finalement, que des petits symboles matérialisés. Peu importe, en fait! L’essentiel était ailleurs! 

Une amie grecque, à la lecture de cet article a cité  les mots d’un poète  : “Laissons les morts à la paix éternelle et au silence”

Cliquer sur le lien suivant, s.v.p : Le scandale des exhumations  militaires après 14/18