“”Les “invisibles” de la pauvreté mettent notre contrat social à l’épreuve!””

Je fais du rangement dans mes dossiers et je viens de mettre la main sur un article que j’avais découpé dans L’Ouest-France des 20/21 décembre 2014.

Le Point de vue évoqué ici est celui de Daniel Hardy, président de L’union inter-fédérale  des oeuvres privées sanitaires et sociales de Bretagne.

Nous sommes à la veille de Noël 2014. Voici ce qu’il écrit:

“” Traditionnellement, décembre est le mois de nombreux appels à la générosité des français. Ils émanent, à la fois, de grands mouvements caritatifs mais aussi d’associations diverses défendant, chacune, des populations en situation de difficulté.

Or cette multitude d’appels, aussi justifiés et nécessaires soient-ils, cache une situation paradoxale: il existe de plus en plus de “groupes de population mal couverts par la statistique publique, peu visibles pour les pouvoirs publics et peu ou mal appréhendés par les politiques sociales” comme l’a montré, dans une étude récente, l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale.

Parmi cette population d’ “invisibles”, l’Observatoire ( ONPES) a pu identifier six groupes:

1- les personnes sans domicile fixe stable dont les hébergés chez des tiers.

2- les sortants d’institutions dont les sortants de prison.

3- l’entourage familial des enfants placés.

4- Les personnes isolées souffrant de troubles de santé mentale.

5- Les travailleurs non-salariés pauvres et les jeunes en milieu rural ainsi que les néo-ruraux pauvres.

De nombreux facteurs peuvent expliquer “l’invisibilité” de ces populations. De leur point de vue: souhait de ne pas se rendre visibles, isolement géographique, social et relationnel, distance  vis à-vis des institutions, complexité décourageante des démarches, ruptures de parcours et des fins de droits, crainte d’être considérés comme des “assistés” alors que l’on insiste, dans certains discours, sur ceux qui profitent du système …Mais aussi, du côté de l’action publique: absence de volonté politique, inadaptation et insuffisance des outils statistiques, complexité des dispositifs sociaux …

“” Tentant de sous-traiter à des bénévoles …””

Ces “”invisibles”” mettent à l’épreuve notre contrat social, fondé sur la solidarité. Dans une situation économique difficile, il est tentant en effet de réduire les moyens collectifs consacrés à la protection sociale, et de la “”sous-traiter”” à des bénévoles et à des associations tout en encourageant la charité privée, notamment par des mesures fiscales.

Mais cet abandon de la solidarité institutionnelle pour laisser une plus grande place à la solidarité privée, désintéressée, de proximité, fondée sur l’engagement, ne favoriserait-il pas “” A chacun sa cause”” en aggravant ainsi les inégalités? Que deviennent alors, entre tous ces publics en difficulté, les moins “”attractifs””, les “”invisibles””?

Ce n’est pas seulement une affaire de dépenses publiques, mais aussi une mobilisation de la société tout entière.Un équilibre doit être trouvé entre solidarité institutionnelle et solidarité de proximité fondée sur l’engagement citoyen “”.

Pas une virgule à changer et nous sommes en août 2016. Qu’est-ce qui a bougé? Rien. Les constats sont faits depuis longtemps et rien ne se passe ou alors à la force des poignets au terme d’efforts  parfois surhumains. Beaucoup de Sisyphes  condamnés éternellement??? Parce qu’à l’heure actuelle, voilà le sort de l’engagement citoyen sans volonté politique affirmée et efficiente. Cela se paiera tôt ou tard.

J’aime cette phrase extraite de Jules César de Shakespeare : “Beware the ides of March”, augure prédisant à César sa fin violente. Devinez qui est César ici !!!