La recherche des responsables post-pandémie Covid et qui n’est pas finie! Un classique!

Machine à tuer

Publié dans le 1, Journal du Covid. Tous les jours à 18h00.

Par Éric Fottorino
18/05/2020

IL EST DES IMAGES QUI FONT FROID DANS LE DOS. Comme cette guillotine symbolique assortie d’un hashtag qui cogne et siffle telle une hache dans sa représentation numérique : #guillotine2020. Ce n’est pas rien, la guillotine, dans un pays qui en a usé de manière folle pendant sa Révolution, dans sa version Terreur, et qui a aboli la peine de mort le 9 octobre 1981, après que la « veuve » sanglante eut servi la justice de la République jusqu’en 1977 – à trois reprises sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing. « La justice française ne sera plus une justice qui tue », déclara alors l’ancien avocat abolitionniste devenu garde des Sceaux, Robert Badinter. Ce simple rappel pour souligner que l’usage même virtuel de cet engin de mort n’est pas anodin. S’il provient dans sa dernière version d’un mouvement né aux États-Unis pour stigmatiser les stars hollywoodiennes affichant leur richesse avec ostentation, son arrivée en France n’en revêt pas moins des particularités inquiétantes. Les propagandistes de cette guillotine ont identifié leurs cibles : des comédiens célèbres – Thierry Lhermitte en fit les frais récemment – mais d’abord et surtout les élites de tout poil, choisies dans l’univers médiatique, intellectuel, politique. Toutes ces têtes qui dépassent doivent trépasser ! Au nom du peuple, d’une justice populaire aussi radicale qu’expéditive pour faire rendre gorge aux nantis, aux trop-payés, à tous ces hors-sol qui loin de voir les souffrances de la plèbe ne cessent de les aggraver, voire d’en profiter.

Dans la France qui se déconfine cahin-caha, on ne saurait prendre ces manifestations à la légère. La réalité d’un État providence avec ses nombreux filets de sécurité – que bien des pays nous envient – ne suffit pas à éteindre la colère sourde des plus démunis, en butte aux inégalités que la pandémie aura aggravées. Derrière la guillotine numérique et son couperet, on trouve aussi, et sans surprise, la main des Gilets jaunes qui avaient déjà usé de ce symbole. Jusqu’à installer une machine à tuer factice en décembre 2018, sur un rond-point de Redon, avec fausse tête coupée – certains y auraient bien vu celle du président Macron – et sang artificiel. Le décor était planté. Gare à ce que l’après-Covid ne nous réserve pas des lendemains qui déchantent, et dégénèrent.